Liquidation ou fermeture : valoriser le parc informatique
Qui vend le matériel informatique d'une entreprise en procédure collective ou en fermeture, comment il se vend, et pourquoi ses données restent à traiter.
Mis à jour le 1 octobre 20269 min de lecture
Le matériel informatique, un actif de la procédure collective
Une procédure collective est une procédure judiciaire qui organise le traitement des dettes d'une entreprise en difficulté : la sauvegarde, ouverte avant la cessation des paiements, puis le redressement et la liquidation judiciaires, ouverts après. Dans les trois cas, les ordinateurs portables, les postes fixes et les écrans font partie du patrimoine de l'entreprise, au même titre que le mobilier ou les véhicules.
Dès l'ouverture, un inventaire du patrimoine est dressé (art. L622-6). En liquidation, le tribunal confie cet inventaire et la prisée, c'est-à-dire l'estimation des actifs, à un commissaire de justice, un notaire ou un courtier en marchandises assermenté (art. L641-1). La profession de commissaire de justice réunit depuis le 1er juillet 2022 les huissiers de justice et les commissaires-priseurs judiciaires.
70 605
Défaillances d'entreprises (redressements et liquidations judiciaires) sur douze mois à fin juillet 2026.
Banque de France, septembre 2026
67 %
Des procédures collectives ouvertes en 2025 étaient des liquidations judiciaires directes : 47 078 sur 69 957.
Altares, bilan 2025
4 mois
Délai laissé au liquidateur pour vendre les biens mobiliers en liquidation judiciaire simplifiée.
Code de commerce, art. L644-2
Le parc informatique se distingue des autres actifs : sa valeur baisse vite et ses disques contiennent des données. C'est ce qui sépare une vente en vrac d'une cession organisée, comme un rachat de parc informatique professionnel.
Liquidation judiciaire et matériel informatique : qui peut vendre
Le droit de vendre le matériel informatique dépend de la procédure en cours. En liquidation judiciaire, le jugement dessaisit le débiteur de l'administration et de la disposition de ses biens : ses droits sont exercés par le liquidateur, en général un mandataire judiciaire désigné par le tribunal (art. L641-1 et L641-9). Le dirigeant ne peut donc plus céder un seul ordinateur de lui-même.
| Situation | Qui conduit la vente | Contrôle | Texte |
|---|---|---|---|
| Sauvegarde | Le dirigeant, qui garde l'administration de l'entreprise. | Juge-commissaire pour un acte étranger à la gestion courante. | Art. L622-1 et L622-7 |
| Redressement judiciaire | Le dirigeant, avec l'administrateur judiciaire selon sa mission. | Même autorisation du juge-commissaire. | Art. L631-14 et L622-7 |
| Liquidation judiciaire | Le liquidateur seul : le dirigeant est dessaisi. | Ordonnance du juge-commissaire : enchères publiques ou gré à gré. | Art. L641-9 et L642-19 |
| Liquidation judiciaire simplifiée | Le liquidateur. | Gré à gré ou enchères dans les quatre mois, puis enchères pour le reste. | Art. L644-2 |
| Dissolution amiable | Le liquidateur amiable, nommé par les statuts ou par les associés. | Pas de juge : statuts, ou loi à défaut. | C. civ., art. 1844-8 ; art. L237-24 |
Une interdiction complète le tableau : ni le débiteur, ni les dirigeants de droit ou de fait, ni leurs parents ou alliés jusqu'au deuxième degré ne peuvent présenter d'offre pour les actifs vendus en liquidation, directement ou par personne interposée (art. L642-3 et L642-20). Le juge-commissaire peut lever cette interdiction, sur requête du ministère public, par une ordonnance spécialement motivée.
Enchères publiques ou gré à gré : comment se vend un parc en liquidation
En liquidation, le juge-commissaire choisit le mode de vente des biens meubles : il ordonne une vente aux enchères publiques, ou autorise une vente de gré à gré aux prix et conditions qu'il détermine, si elle est de nature à garantir les intérêts du débiteur (art. L642-19).
- Aux enchères publiques, confiées à un officier public, le plus souvent un commissaire de justice, les biens sont vendus en l'état. Le Code de commerce ne dit rien des données : leur traitement s'organise à part, avant la vente ou par l'acquéreur.
- De gré à gré, le liquidateur soumet au juge-commissaire l'offre d'un acquéreur identifié. Une offre qui détaille l'enlèvement, l'effacement des données et les justificatifs permet d'en faire des conditions de la vente.
En liquidation judiciaire simplifiée, réservée aux entreprises sans immeuble et sous des seuils d'effectif et de chiffre d'affaires fixés par décret (art. L641-2), le liquidateur vend lui-même les biens mobiliers, de gré à gré ou aux enchères, dans les quatre mois ; ensuite, le reste part aux enchères (art. L644-2). Un rachat d'actifs en liquidation judiciaire peut aussi passer par un plan de cession, quand une activité est reprise avec ses moyens d'exploitation (art. L642-1) : le matériel informatique suit alors l'activité.
Le matériel loué n'appartient pas à l'entreprise : le loueur doit le revendiquer dans les trois mois suivant la publication du jugement d'ouverture (art. L624-9), sauf si son contrat a été publié (art. L624-10). Le sort du parc loué est détaillé dans la fiche sur la fin de leasing informatique.
Les données ne disparaissent pas avec l'entreprise
Les données des disques ne s'éteignent pas avec l'activité. Tant qu'elles existent, leur simple conservation reste un traitement au sens du RGPD (article 4), soumis à l'obligation de sécurité de l'article 32, et le règlement ne prévoit aucune exception pour les entreprises en difficulté. La société elle-même subsiste : en liquidation judiciaire, elle prend fin avec le jugement de clôture pour insuffisance d'actif (Code civil, art. 1844-7).
La recommandation générale de la CNIL s'applique donc : sa fiche sur la fin de vie des matériels (mars 2024) range parmi les pratiques à éviter le fait de réutiliser, revendre ou jeter un support sans que ses données aient été supprimées. Les principes sont développés dans la fiche RGPD et fin de vie du matériel informatique.
Qui porte l'obligation pendant la procédure, dirigeant ou liquidateur, relève d'une analyse propre à chaque dossier. La solution la plus simple fait de l'effacement une condition de la cession : un acquéreur qui efface chaque support selon une norme reconnue et remet un certificat par équipement fournit la preuve attendue.
Vendre le matériel avant la liquidation : la période suspecte
Une entreprise qui anticipe sa fermeture peut vouloir vendre son parc avant le jugement. La période suspecte est la période qui court de la date de cessation des paiements jusqu'au jugement d'ouverture, pendant laquelle certains actes du débiteur peuvent être annulés. Le tribunal fixe cette date et peut la faire remonter jusqu'à dix-huit mois avant le jugement (art. L631-8).
- Nullités de plein droit : les actes à titre gratuit qui transfèrent la propriété d'un bien, comme un don de matériel, et les contrats où les obligations du débiteur excèdent notablement celles de l'autre partie, comme une vente très en dessous de la valeur (art. L632-1).
- Nullités facultatives : les actes à titre onéreux peuvent être annulés si l'acheteur connaissait la cessation des paiements (art. L632-2).
Une vente fondée sur une cotation détaillée par équipement, à un prix de marché documenté, résiste mieux à l'examen qu'une cession rapide à un proche. Avant toute vente en période de difficulté, consultez l'avocat de l'entreprise.
Fermeture d'entreprise et dissolution amiable : la même logique
Une fermeture volontaire, sans difficulté financière, passe par une dissolution puis une liquidation amiables. Le liquidateur est nommé selon les statuts, à défaut par les associés, et la personnalité morale subsiste jusqu'à la publication de la clôture (Code civil, art. 1844-8). À défaut de clauses statutaires, il dispose des pouvoirs les plus étendus pour réaliser l'actif, même à l'amiable (Code de commerce, art. L237-14 et L237-24).
Le parc suit alors les mêmes étapes, sans juge-commissaire : inventaire, choix de l'acquéreur, traitement des données, sortie de l'actif. Les machines hors d'usage rejoignent une filière DEEE agréée, l'entreprise restant responsable de ses déchets jusqu'à leur traitement final (Code de l'environnement, art. L541-2). Les options sont comparées dans le guide que faire des anciens ordinateurs de l'entreprise.
Une fermeture peut aussi révéler des machines jamais distribuées : postes de remplacement, commandes passées en avance. En liquidation comme en fermeture amiable, ces lots en bon état relèvent du rachat de stocks informatiques dormants, où ils valent plus que le parc usagé.
Ce qu'un repreneur professionnel remet au liquidateur
Pour un liquidateur, une offre de rachat se juge sur le prix, mais aussi sur ce qu'elle prend en charge : l'enlèvement, qui libère les locaux, le tri entre réemploi et filière DEEE, l'effacement des supports et les justificatifs. Une cession bien menée laisse cinq documents au dossier, en plus de la facture.
| Document | Ce qu'il prouve | Utilité pour la procédure |
|---|---|---|
| Inventaire par numéro de série | La liste exacte des machines cédées. | Rapprochement avec l'inventaire de la procédure. |
| Offre de rachat détaillée | Le prix, par machine ou par lot homogène. | Appui de la demande de vente de gré à gré. |
| Bordereau d'enlèvement signé | La remise du matériel à l'acquéreur. | Transfert des biens et libération des locaux. |
| Certificats d'effacement par équipement | L'effacement de chaque support, par numéro de série. | Preuve de la sécurité des données au titre du RGPD. |
| Bilan de traitement | Le devenir de chaque machine. | Traçabilité des déchets jusqu'au traitement final. |
Destock Info, installé depuis 2008 à Veurey-Voroize près de Grenoble, organise l'enlèvement partout en France. Dans son atelier de 1 200 m², chaque machine passe un audit de 50 points de contrôle, et chaque support est effacé selon la norme NIST SP 800-88, niveaux Clear et Purge, avec un certificat par équipement : numéro de série, modèle, méthode et horodatage.
Le contenu et l'usage de ce document sont détaillés dans la fiche sur le certificat d'effacement, preuve de conformité. Pour la situation propre à votre dossier, le liquidateur ou l'avocat de l'entreprise restent les interlocuteurs.
À retenir
Sources
- Code de commerce, article L642-19 : vente des biens meubles en liquidation judiciaire Légifrance, version en vigueur depuis le 20 novembre 2016
- Code de commerce, article L641-9 : dessaisissement du débiteur Légifrance, version en vigueur depuis le 15 mai 2022
- Code de commerce, article L641-1 : désignation du liquidateur, inventaire et prisée Légifrance, version en vigueur depuis le 1er octobre 2021
- Code de commerce, article L622-7 : actes de disposition étrangers à la gestion courante Légifrance, version en vigueur depuis le 1er octobre 2021
- Code de commerce, article L644-2 : vente des biens mobiliers en liquidation judiciaire simplifiée Légifrance, version en vigueur depuis le 24 mai 2019
- Création de la profession de commissaire de justice Ministère de la Justice, juillet 2022
- Défaillances d'entreprises en France, juillet 2026 Banque de France, 4 septembre 2026
- Défaillances d'entreprises en France : bilan 2025 Altares, 2026
Oui, tant qu'aucune procédure n'est ouverte, mais la vente peut être annulée si elle intervient après la date de cessation des paiements, que le tribunal peut faire remonter jusqu'à dix-huit mois avant le jugement (art. L631-8). Un don ou une vente à un prix notablement inférieur à la valeur sont nuls de plein droit (art. L632-1). Une cotation détaillée et l'avis du conseil de l'entreprise limitent ce risque.
Le Code de commerce organise la vente des biens, pas le sort des données qu'ils contiennent. Le RGPD ne prévoit aucune exception pour les entreprises en difficulté, et la CNIL recommande de supprimer les données de façon sécurisée avant toute revente d'un support. La pratique la plus sûre fait de l'effacement certifié, ou de la destruction des disques, une condition de la cession, avec un certificat par équipement versé au dossier.
En liquidation judiciaire, l'offre de rachat s'adresse au liquidateur, qui la soumet au juge-commissaire pour une vente de gré à gré. En dissolution amiable, le liquidateur amiable choisit lui-même l'acquéreur. Dans les deux cas, une liste des machines avec modèles, configurations et état permet d'obtenir une cotation ; l'enlèvement, l'effacement des données et les justificatifs s'organisent ensuite avec le repreneur.
Non, en principe. Ni le débiteur, ni les dirigeants de droit ou de fait, ni leurs parents ou alliés jusqu'au deuxième degré ne peuvent acquérir, directement ou par personne interposée, les actifs vendus en liquidation judiciaire (Code de commerce, art. L642-3 et L642-20). Le juge-commissaire peut accorder une dérogation, sur requête du ministère public, par une ordonnance spécialement motivée.
Le matériel loué n'appartient pas à l'entreprise : le liquidateur ne peut pas le vendre. Le loueur doit le revendiquer dans les trois mois qui suivent la publication du jugement d'ouverture (art. L624-9), sauf si son contrat a été publié : il est alors dispensé de faire reconnaître sa propriété (art. L624-10). L'inventaire doit donc distinguer le parc détenu du parc loué.
# À lire aussi
Votre ancien parc informatique vaut de l'argent. Récupérez-le.
Envoyez-nous la liste de votre matériel : vous recevez une cotation sans engagement, nous organisons l'enlèvement partout en France, et vous repartez avec le règlement, les rapports d'effacement RGPD et la traçabilité complète.
- Cotation sans engagement
- Enlèvement organisé partout en France
- Effacement RGPD, un rapport par équipement
- Atelier près de Grenoble, sans sous-traitance
Sans engagement · Partout en France · Effacement RGPD documenté
